Le fond ?

Il faut vaincre la crise ma bonne dame ! Vous ne comprenez pas ? Si vous ne mettez pas la main à la poche, alors forcément, l’Etat ne sera plus en mesure de payer ce qu’il doit, il faudra un plan de rigueur comme en Grèce … Et oui, vous, vous devez vous serrer la ceinture, sinon comment les traders, les banques, les grandes entreprises, les actionnaires vont-ils pouvoir gagner plus ?

Non mais enfin, soyez sérieuse ma bonne dame, la politique actuelle est inégalitaire au possible ! Dans le public, vous payez moins de cotisation retraite (mais on s’en est occupé, ma bonne dame, z’allez cotiser autant que dans le privé), dans l’enseignement, vous avez 6 mois de vacances par an (oui, ok, on exagère juste un peu, et on s’arrange pour passer sous silence toutes les heures passées en réunions (pour les enfants en difficulté, pour le projet d’école, pour les intervenants EPS, les intervenants musique, les classes découvertes, comenius, l’USEP…), en préparation, en correction, en rendez-vous avec les parents… Il faut qu’on continue à faire croire que z’êtes des nantis, sinon comment on pourra continuer à vous taper dessus ?).

En plus, quand vous êtes malade, on continue à vous payer grassement ! (Bon, on s’en occupe aussi, on est en train de vous mettre deux jours de carence, on va voir si vous allez arrêter aussi souvent !)

Ben oui, justement mon bon monsieur ! Depuis 8 ans que j’enseigne, j’ai eu, à la louche, 10 jours d’arrêt maladie. Un peu plus d’un par an. Il m’est arrivé de m’arrêter un jour, parce que j’étais totalement aphone, et dans notre métier, mon bon monsieur, plus de voix c’est un peu handicapant… Je dis totalement aphone, je ne compte pas les jours où je ne pouvais que parler doucement, avec 38.5° de fièvre où je suis quand même venue, au lieu de m’arrêter.
Et du coup, pour me remettre, il m’a fallu 2-3 semaines au lieu d’une, si j’étais restée au chaud chez moi. Il m’est arrivé aussi de m’arrêter 2 jours, pour un lumbago, alors que mon médecin me prescrivait une semaine entière. « Mais non, vous comprenez, mes élèves… Ils n’ont pas de remplaçants (encore une de vos victoires, mon bon monsieur), du coup mes pauvres collègues vont devoir se répartir 28 élèves… Étant donné qu’ils sont aussi au taquet dans leur classe, ils vont monter à 32… Alors non, vraiment, monsieur mon médecin, donnez-moi seulement deux jours, et si jamais dans une semaine ça ne va pas mieux, alors peut-être que j’accepterai votre offre… »

Voilà ce que je pensais. Le fait de ne pas avoir de jour de carence me permettait de m’arrêter ponctuellement, quand vraiment ça n’allait pas. Maintenant je vais avoir 1 ou 2 jours de carence ? Alors voilà, mon bon monsieur, j’aime mon métier, j’aime ce que je fais, mais pas au point de me ruiner la santé. Ma conscience professionnelle, tant pis, je vais m’asseoir dessus. Mes collègues, je suis désolée pour vous, mes élèves, c’est pareil. Maintenant, si je suis malade, je n’attendrai pas d’être au bord du gouffre pour m’arrêter. Maintenant, je ne demanderai pas à mon médecin de m’arrêter à minima. Maintenant, je lui demanderai de m’arrêter pour au minimum 3-4 jours, une semaine peut-être, afin que je me rétablisse mieux…

Comment ça, je n’ai rien à demander, c’est le médecin qui décide de ce qu’il y a de mieux pour moi ? Mais alors, là aussi ce sont les médecins qui accordent des journées de complaisance le vendredi ou le lundi à des personnes dénuées de tout scrupule ?

On ne se tromperait pas de cible ?