Reconnaissance intergénérationnelle

Ça n’arrive pas tous les jours. En fait, je crois que ça ne m’était encore jamais arrivé.
Ce n’est pas déplaisant, bien au contraire.
Dans ces moments là, on se dit qu’on aura quand même compté au moins un petit peu dans la vie de nos chères têtes blondes.
Non, paske bon, on ne fait pas ce métier pour la reconnaissance (enfin, plus maintenant), mais quand un loulou vous fait un petit dessin, vous dit « Merci maîtresse pour cette année », vous envoie une carte pendant les vacances, ça fait toujours plaisir.

Mais là, c’était un peu plus fort que ça.
Une louloute a absolument tenu à ce que sa grand-maman, fraichement débarquée de l’autre bout de la planète (genre 3 heures avant…) me rencontre. Et là, en fait, non seulement la louloute était super excitée, mais la maman et la grand-maman aussi ! Et toutes les trois ont tenu à faire une photo pour immortaliser le moment.

A star is born, j’vous dis ! 🙂

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Autosatisfaction

Le loulou auteur des pleurs est arrivé tout sourire, fier comme Artaban,  en me disant : « Maîtresse, trop facile le livre, je l’ai lu en 1heure. »

Il pensait surement que j’allais le féliciter. Ben non. Autant quand un gamin fait un effort qui lui coûte, je l’encourage, le félicite…
Mais là, ce gamin a poussé le bouchon un peu trop loin (comme Maurice, quoi.)

– Que tu aies lu le livre en heure, c’est très bien. Qu’il ait fallu que je te mette les points sur les I, ça l’est un peu moins.  Tu as de la chance que j’aie pris en compte ton absence de travail, parce que si j’avais maintenu l’évaluation, tu ne t’en serais pas très bien tiré.
Quand tu seras au collège et que tu auras 6-8 profs, il n’attendront pas que tu te sois mis au travail pour les interros.

Et là, il n’a rien répondu…
Du coup, je me pose la question : vais-je voir les parents débarquer et les entendre me dire qu’avec leur rejeton ça se passe mal ?

Pleurs

Mes loulous avaient un livre à lire durant les vacances. Une petite « quatre-vingtaine »de pages.
Étant donné que j’étais absente la semaine de la rentrée, les enfants ont donc eu 3 semaines pour le lire.

En revenant lundi dernier, on fait le point sur le travail en cours, sur les futures évaluations incluant celle du fameux livre : « dans la semaine, sûrement jeudi ou vendredi »…
Et là, je vois des visages blêmir… Je pose donc LA question :
« Qui n’a pas fini le livre ? »
Deux mains se lèvent.
Bien entendu, je les houspille : « Gna gna gna, 3 semaines pour le lire, gna gna gna, même pas cent pages, gna gna gna… Vous avez intérêt à vous y mettre. Je décale l’évaluation à la semaine prochaine. »

Aujourd’hui, j’ai précisé la date de l’éval, j’ai demandé si tous avaient fini de lire… Et bien, Lecteur, je te le donne en mille : mes deux loulous n’avaient pas daigné ouvrir leur livre et le finir – que dis-je… le commencer.
Donc, entre la révision de deux évaluations déjà programmées depuis deux semaines et la lecture de l’intégralité du bouquin, j’ai un gosse qui a fondu en larmes.

Si je dis que je ne l’ai pas consolé et que je n’ai pas décalé l’éval, je passe pour un monstre ?

45 minutes

C’est le temps passé récemment avec le parent d’un élève.
45 minutes à lui dire que son enfant n’était pas forcément un enfant intellectuellement précoce, mais que je n’étais pas psychologue et que je ne pouvais pas non plus les « sentir » (dans le sens de détecter, hein…), et que oui, parfois il « s’ennuie » en classe, mais ce n’est pas forcément un signe de précocité.
Et puis il a fallu que je lui réexplique comment faire une multiplication, parce que son enfant avait appris autrement avec la grand-mère (genre, je mets des points à la place du zéro, mais je lui ai pas expliqué pourquoi) et que ma manière de faire l’avait un peu déboussolé.
Donc, là, clairement, point sur les I.
« Si vous souhaitez aller plus vite que nous en classe, libre à vous. Mais je ne suis pas responsable du fait que votre enfant se retrouve « en conflit » au milieu de deux méthodes. »

Et nous en sommes donc arrivés au nœud du problème.

– Vous comprenez, on m’a parlé d’un saut de classe pour mes aînés.
– Peut-être que vos aînés avaient cette possibilité, mais en ce qui concerne l’enfant que j’ai actuellement en classe, je ne proposerai pas de passage anticipé.
– oui, mais s’il est intellectuellement précoce..
– Un enfant intellectuellement précoce n’est pas forcément « un génie », et il a soif d’apprendre, mais pas obligatoirement dans le domaine scolaire…

Fin de la discussion. Si on avait commencé par ça, je n’aurais peut-être passé que 20 minutes avec ce parent !

De la composition des classes

Avec une fermeture, on n’y échappera pas, c’est quasiment sûr !
Double niveau pour moi.

(Mais j’y suis un peu pour quelque chose. Finalement, ça ne s’est pas joué à l’ancienneté générale de service mais à l’ancienneté dans l’école. Du coup, j’avais le choix 4 niveaux sur 5 m’étaient ouverts…
Oui, mais… En fonction du niveau de classe que je choisissais, je virais des collègues de leur classe actuelle, et ils se retrouvaient à préparer de nouveau une classe à 2-3 ans de la retraite. Donc, j’ai été sympa et je me coltine le double-niveau.)

Mais là, certains ont décidé de me refiler des « cas ».
« Tu comprends, vu que sur ce niveau il y a trois classes et qu’il y a trois enfants avec AVS, et bien il en faut un dans chaque classe. »
Alors là, on voit que la collègue a tout compris à l’enseignement, la différenciation, le travail en équipe etc.
Parce que c’est sûr qu’un enfant qui a une AVS est de lui-même autonome, peut bosser seul…
Donc là, la phrase qui tue est sortie :
« Si tu n’as pas envie d’avoir 2 AVS dans ta classe, tu prends le double-niveau et moi le niveau simple avec les AVS… »
Bien entendu, elle est contre. Surprenant ?

Intouchable

« Madame,
ma fille se plaint des odeurs corporelles de sa voisine.
Merci de changer cette dernière de place. »

C’est la première fois qu’un parent me fait cette demande, aussi directement.
Et surtout, ladite voisine n’a aucun problème d’hygiène corporelle.

Conclusion, c’est la « demandeuse » qui est changée de place et qui proteste, car elle se retrouve à la seule place libre, càd au fond.

– Mais ce n’est pas moi qui sent mauvais.
– Non, c’est toi qui te plains, personne d’autre ne l’a fait. Donc c’est toi qui bouges…

J’attends demain la réaction des parents…

Prof toujours

Dans le train, j’entends un papa, juste devant moi

– « Aller », 1ère personne du singulier, à l’imparfait.

Je tends l’oreille, et j’entends la maman dire « nooooouuus »…

Et moi de bouillonner à l’intérieur : « Le monsieur te dit « AU SINGULIER » ! Faut écouter les consignes, un peu, ma bonne dame »!…

Et là, de me dire, que vraiment, prof, c’est un métier que j’ai dans le sang… 🙂